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Rupert Murdoch raille les pleurnicheries de la presse écrite

 

Rien ne filtre ! Les Etats Généraux de la Presse Ecrite en France ont certes créé un site web mais il demeure relativement léger tout de même, seules quelques synthèses sélectionnées sont disponibles, le pouvoir de l’éditeur en somme ! D’ailleurs nous reviendrons sur quelques éléments disponibles, particulièrement en ce qui concerne le Pôle Presse et Internet. Aux Etats-Unis, The American Press Institute a invité à un sommet spécial intitulé “Sauvons une industrie en crise” rien mois que 50 gros acteurs de la presse écrite américaine. La seule chose que l’on sait de ce sommet est qu’il y a eu un véritable consentement mutuel sur le fait… de se revoir dans 6 mois ! Pour Dan Gillmor, auteur du best-seller We The Media: Grassroots Journalism by the People, for the People, autrement dit le journalisme par les personnes pour les personnes, autrement dit ce journalisme citoyen et amateur qui tue le journalisme professionnel à grands feux (cf. The Cult of The Amateur: How Today’s Internet is Killing Our Culture and Assaulting Our Economy, par Andrew Keen) : “The American Press Institute est une des institutions les plus réactionnaires de la planète lorsque vient le moment de comprendre comment les médias changent”.

Le même jour, Rupert Murdoch rédige un petit papier dans le Herald Sun “Le future des journaux : bouger au-delà des arbres morts”. Il va pleinement à l’encontre des pleurnicheries de ses compères, lesquels mettent tout sur le dos du web qui cannibalise la presse écrite, leur métier de base. Pour lui, le métier n’est pas la presse physique, mais bel et bien fournir de l’information de qualité aux lecteurs (“great journalism and great judgment”). La presse passe des papiers d’actualité aux marques d’actualités où le lien avec le lecteur se fait alors sur la notion de confiance. Sur ce point les rapports annuels de l’institut américain Pew Research ne font que confirmer : la perte de confiance envers la presse ne date pas de l’avènement du web, et la blogosphère n’attire pas plus la confiance que la presse écrite, et finalement sur le web le contenu demeure roi ! Pour Rupert Murdoch, la presse a donc de beaux jours devant elle : l’audience potentielle pour le contenu informationnel ne cesse de croître dans le temps, et au 21ème siècle, les personnes auront encore plus faim qu’auparavant d’informations. Tout le contraire de ce qu’il est possible d’entendre aux Etats Généraux de la Presse, lesquels rappellent encore que tout le monde peut faire de l’information sur le web, que le contenu proposé par la presse est boudé par les usagers, et que finalement mieux vaut laisser Google gérer le contenu et l’édition. N’en font-ils pas trop là ? 

Revenons à Rupert Murdoch. Il ne prétend aucunement nier que les défis sont relativement importants, ni même avoir toutes les réponses, mais il rappelle également que la presse a déjà subi nombre de changements, même si ce dernier est de plus forte ampleur. Deux défis retiennent particulièrement son attention, compte-tenu des inerties de l’industrie de la presse écrite. D’une part, le fait que l’industrie passe d’une logique de quasi-monopole sur l’information à une situation de forte concurrence, avec notamment tous les nouveaux acteurs du web, et qu’elle n’a réellement pas l’habitude d’être dans une telle situation. Certains pourront alors dire qu’il y a opulence de quotidiens et de magazines en tout genre. Certes mais il n’y a autant de groupes que de choix ! D’autre part, le fait que l’industrie passe d’une logique de monopole sur le choix de l’information (et de la non information du coup) à une logique où le lecteur peut vouloir commenter ou organiser l’information, avec toute la blogosphère, les agrégateurs et autres outils divers et variés. Et là encore, outre l’habitude, Rupert Murdoch souligne ce que d’autres, spécialistes de la blogosphère ont déjà dit et démontré : les éditeurs et reporteurs ne font aucunement confiance aux lecteurs, incapables de prendre de bonne décision. Certains pourront alors dire que ce le lecteur n’est pas omniscient, et que journaliste et éditeur sont des métiers. Certes, mais il ne dit pas de laisser le lecteur tout faire, seulement de lui accorder une valeur autre qu’acheteur-lecteur-consommateur passif. 

Finalement pour lui ce n’est pas tant le métier qui s’en trouve donc modifié que la manière de l’aborder, et surtout la manière dont il va à l’avenir pouvoir circuler.  Autrement dit, c’est la circulation de cette information qui est fortement modifiée avec tous les moyens indirects de lire l’information sans acheter la version papier ou s’en aller sur la version en ligne, etc. Egalement, il note les tendances et nécessités à une sophistication de la recherche d’informations, une personnalisation du contenu, sans oublier une multiplication des canaux de circulation. Bref, finalement, l’information sous des formats de plus en plus divers et sophistiqués.

Et en conclusion, il suggère quelques pistes pour tenter de monétiser, non pas l’audience contrairement à la tendance actuelle, mais la marque et la loyauté, fondée bien évidemment sur un contenu de qualité. D’ailleurs, la problématique de la monétisation des audiences est absolument hallucinante, nombre d’acteurs semble totalement oublié le tryptique contenu – confiance- marque. M’enfin bref. Il distingue notamment un modèle économique qui combinent trois modèles actuels :

le contenu en ligne, gratuit et disponible pour tout lecteur, lequel fournit bien évidemment de l’information ;

le contenu en ligne, payant et disponible uniquement pour les abonnés, fournit des informations relativement plus spécialisées, économiques, politiques, technologiques, etc. ;

le contenu en ligne, payant et disponible uniquement pour les “premium”, fournit non seulement des informations plus ou moins spécialisées, mais également une sophistication et personnalisation poussées à l’extrême ; on peut penser à une revue de presse avec archives réorganisées et recommentées, il s’agit d’aller vers de l’analyse fondée sur les connaissances profondes des journalistes.

On peut penser ce que l’on veut de Rupert Murdoch ou de ce petit pamphlet, mais il semble difficile de croire que l’industrie de la presse puisse modifier les évolutions en cours sur le web, ou sur le comportement des internautes envers la gratuité, le feuilletage fractionné de l’information… Et il ne semble plus réellement l’heure de se faire prendre en pitié, ce n’est pas très jolie comme le dit le gourou Rupert Murdoch. Alors autant commencer à analyser la presse comme un acteur du web, sans s’encombrer des problématiques de la presse physique. 

Et pour terminer ce billet, relativement plus long que je ne l’avais prévu, revenons sur les secrets de ces rencontres au sommet. Autant de secrets semble nécessaire, personne n’est au courant que la presse écrite est en crise à cause de l’internet, puisque plus personne ne lisant la presse écrite ou cette presse en ligne, personne n’a entendu les pleurnicheries des uns et des autres. Autant de secrets donne l’étrange impression d’une recherche de petits arrangements entre amis, étrange étrange ! Préserver un monopole sur l’information, toute l’information.

Dans les prochains jours je reviendrai sur deux points qui me semblent importants dans le cadre des débats : “Mais pourquoi tant de haine envers le web collaboratif ?” et ensuite “Etre un acteur web, c’est faire la part belle aux hyperliens !”. 

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